Vous êtes-vous déjà baigné dans le Rhône? Moi, non. Je trouve ça trop dégoûtant.
Les journalistes sont décidément champions dans l'exercice de parler de ce qu'ils ne savent pas à des gens qu'ils sont censés informer. Une étude médicale indiquant une différence de câblage du cerveau des hommes et des femmes vient d'être publiée et il était important d'en parler dans les journaux. Peu importe si on raconte de la merde, de toute façon nos lecteurs sont des abrutis incultes.
Nos fats compagnons paraphrasent font un copier-coller du texte qui leur est parvenu et nous servent une soupe de termes plus ou moins techniques qui font sérieux. D'un journal à l'autre on retrouve exactement les mêmes mots ! Il y aurait donc chez l'homme «une plus grande connectivité neuronale entre le devant du cerveau, siège de la coordination de l'action, et l'arrière où se trouve le cervelet, important pour l'intuition». Voilà. On s'en fout de savoir ce qu'est une connectivité neuronale et on s'en fout que le cervelet ne soit pas du tout important pour l'intuition mais qu'il serve en fait à la précision et la coordination des mouvements. Ils en déduisent que les hommes sont plus doué pour l'action. C'est évident, c'est de la connectivité neuronale, on vous dit !
Du côté des femmes, la «connectivité neuronale» est plus grande de gauche à droite. C'est d'un banal : les hommes se secouent d'avant en arrière, et les femmes dandinent de gauche à droite. Je ne m'attarderai pas sur les clichés répandus en guise de conclusion à l'étude : les femmes ont plus d'«intelligence sociale», les hommes sont plus vifs d'esprit, etc.
En lisant des articles un peu moins sots grand public, on peut lire que l'étude a été réalisée sur un petit millier de personnes, ce qui est honorable, et sur des individus âgés de 9 à 22 ans. On pourrait critiquer le manque de vieux, mais au moins ça nous donne un cliché de l'humanité qui se crée aujourd'hui, et pas de celle des années 50. Le plus intéressant est surtout que la différence est très faible chez les enfants et augmente fortement à l'adolescence.
Doit-on en conclure que ce sont les hormones qui modifient la «connectivité neuronale» (peu importe ce que c'est) ? Les journalistes ne vont pas jusque là, ils ne savent probablement même pas comment les hormones sont liées à l'adolescence. Et pourquoi ne pas en déduire que c'est à l'adolescence que les garçons veulent avoir l'air viril et que les filles veulent avoir l'air féminin aux yeux de la société ? Ça alors, et si le cerveau créait des connexions pour faciliter l'adoption d'un comportement que les individus s'imposent ? Breaking news ! Le cerveau s'adapte ! Plus on fait un truc, plus c'est facile de le faire ! Ahhhhhhhhhhh, je suis abasourdi, c'est une révélation, se pourrait-il réellement qu'à force de raconter aux morveux que les garçons sont plus ceci et moins cela, les filles plus cela et moins ceci, leur cerveau finisse par l'enregistrer ? Se pourrait-il qu'ils répètent les schémas stéréotypés que leurs parents ont copié sur les leurs vingt ans plus tôt ? Nooooooooon, c'est trop effrayant. N'en parlons pas.