Philip Dick sort de désintoxication. Il s'implique dans les campagnes anti-drogues, il sait de quoi il parle. Sa femme a disparu avec sa fille, il a perdu tout son argent et surtout sa santé. Durant cette période de sa vie, il semble à la recherche de son "
anima": la frêle fille aux cheveux noirs qui aura besoin d'être protégée. Il écrit des lettres.
Les lettres à sa mère sont plus les lucides... et les plus délirantes. À ses analyses quasi-scientifiques de son comportement se mêlent des discours hallucinatoires, à dessein ou non. Aux filles qu'il courtise, des lettres d'amour au superlatif. Chacune de ces filles est parfaite alors que les précédentes ne l'étaient finalement pas, preuves à l'appui. Dick compare sans complexe la fille qu'il courtise aux précédentes, sans cacher qu'il les aime encore. Cette honnêteté, aux frontières de l'incapacité diplomatique crasse, lui vaudra de se coltiner toutes les gamines à la recherche d'un vieux con plein de fric pour se la couler douce quelques temps. À ses amis, il écrit que tout va bien car il n'aime pas que l'on se fasse du souci pour lui.
La disparition inattendue de sa femme et sa fille (genre "Chéri, je sors acheter des clopes avec la petite!", "Ok, a+ chérie! Mais... tu ne fumes pas!!!") l'a profondément blessé. C'est probablement son instinct paternel récemment éveillé et si vite privé de son objet qui le pousse à chercher à vivre avec des filles à peine majeures. Il prend soin de ces dernières comme de son propre enfant et d'une amante à la fois. Mais ne voit-il pas qu'elles l'utilisent? Si. Probablement. Et une dernière lettre, plus divagante et plus touchante que toutes les autres, nous mène enfin à la compréhension de cet homme exceptionnel... et torturé.
La fille aux cheveux noirs, Folio SF n°87, à lire.