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Vous êtes-vous déjà baigné dans le Rhône? Moi, non. Je trouve ça trop dégoûtant.

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Compte rendu de documentaire

Hier sur La Chaîne Parlementaire / Public Sénat passait un petit documentaire tentant d'analyser pourquoi on a l'impression que les pays musulmans ont uniquement le choix entre des dictateurs ou des islamistes. L'émission a été produite avant la révolution tunisienne et certaines analyses et prédictions sont donc quelque peu caduques ; de plus, la démocratie y est présentée comme étant un accomplissement, un but universel et bienheureux… c'est discutable. Malgré tout, certains commentaires étaient intéressants.

 

De manière générale, le problème vient de la façon dont les états peuplés de musulmans ont obtenu leur indépendance ou sont entrés dans l'ère contemporaine. En Afghanistan, par exemple, ce sont les États-Unis qui ont armé et aidé les islamistes à se débarrasser des soviétiques. Là, l'origine est on ne peut plus claire.

 

En Algérie, le mouvement islamiste est né du mécontentement du peuple après l'indépendance : les dirigeants ont continué à diriger le pays à la française, faute de savoir faire autrement. Ainsi, la moindre injustice ou inégalité était mise sur le compte d'un changement pas assez radical et d'une compromission avec l'ancien colonisateur. Le gouvernement, qui voulait garder le calme, avait instauré un parti unique mais n'a jamais osé intervenir dans les mosquées (c'eût d'ailleurs été une catastrophe). Ainsi le seul endroit où il était possible de contester le gouvernement était la mosquée, terrain particulièrement propice à ajouter des revendications islamistes !

 

En Palestine, l'histoire n'est pas très différente : après avoir obtenu l'autonomie, le nouveau gouvernement n'a pas réellement eu les moyens d'offrir à son peuple ce qu'il voulait. Le ressentiment envers les israéliens était bien sûr toujours très fort ce qui explique que les déceptions du peuple se soient muées en revendications religieuses.

 

En Iran, le chah a voulu moderniser son pays plus vite que le peuple n'était près à l'accepter. Les conservateurs religieux incarnant un rassurant "bon vieux temps" n'ont donc pas eu trop de mal à prendre le pouvoir.

 

La Turquie est un pays à part. La démocratie républicaine s'y est durablement installée et les islamistes ont du s'adapter. Leur discours est devenu moins radical et de gros compromis ont été concédés. Leur accession au pouvoir tient à un unique élément : leurs prédécesseurs voulaient s'intégrer à l'Europe culturellement et eux proposaient de s'y intégrer économiquement. Les islamistes ont donc reçu le soutien des entreprises (profits en vue) et du peuple (peur de perdre sa culture). Certains s'opposent à ce qu'on les appelle islamistes puisqu'ils n'ont imposé aucune référence directe au Coran dans la loi. Leurs valeurs sont musulmanes, certes, et ils ne le cachent pas, mais leur gouvernance garde l'apparence d'une certaine laïcité.

 

Notons l'intervention très pertinente d'un islamiste saoudien : la démocratie suit les envies du peuple et n'a de limite que la volonté de hommes. Selon lui, il manque à la démocratie une autorité supérieure pour définir des limites à ne pas franchir. Ça donnerait presque envie de voter pour lui ! Cependant, je me doute bien que les limites imposées pour son autorité supérieure seraient celles de charia, limites qui ne laissent plus vraiment de place à l'exercice de la démocratie…

 

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Qu'en est-il de l'avenir ? Du côté de l'Iran on ose un parallélisme avec l'URSS. Si le communisme est tombé, c'est parce que les nouvelles générations de membres du Parti ne croyaient plus au communisme. Les jeunes iraniens croient de moins en moins à l'islamisme et, dans les prochaines années, vont commencer à noyauter le clergé et la classe politique.

 

Dans les autres pays, le tableau est moins reluisant. Les musulmans ont été "humiliés" pendant longtemps par les européens : colonisation, mise sous tutelle, domination économique… Après avoir obtenu leur indépendance, la plupart des états peuplés de musulmans n'ont pas réussi à obtenir le même niveau de vie que les européens (et américains), d'où un sentiment inconscient d'infériorité (pour les plus résignés) ou d'humiliation (pour ceux qui pensent que les européens agissent dans l'ombre pour les laisser à la traîne). Ces sentiments ont trouvé leur exutoire dans les attentats d'al-qaïda contre les États-Unis. Le but de la manœuvre était de montrer que les européens et américains n'étaient pas des géants et que le monde musulman pouvait encore les dépasser. Façon bien sanglante de motiver les gens… La réponse américaine a été la plus débile possible : une réponse militaire. Dans un premier temps en Afghanistan, là où se planquaient les responsables du massacre. Rappelons-nous que ce sont les américains qui les avaient mis en place pour emmerder l'URSS, on peut donc éventuellement se dire qu'ils sont allés réparer leur erreur. La grande catastrophe a été d'inventer un prétexte pour attaquer l'Irak. L'idée était d'y implanter la démocratie et, cette dernière étant tellement belle, elle se serait répandue naturellement dans tous les pays alentours. Al-qaïda n'attendait que ça : une agression injustifiable contre un pays musulman était le meilleur moyen de rassembler tous les musulmans du monde pour partir en guerre sainte généralisée ! Le destin en a voulu autrement puisque sunnites et chiites n'ont pas réussi à s'entendre et se sont entre-tués. Au temps pour la démocratie, au temps pour le jihad : tout le monde a perdu la guerre d'Irak.

 

Que reste-t-il aujourd'hui ? Des régimes autoritaires qui ont le choix entre partager le pouvoir avec des libéraux laïques pour lutter contre les islamistes ou faire des cadeaux aux islamistes pour qu'ils les aident à conserver le pouvoir en traitant les laïques de démons athées. Est-il besoin de rappeler que personne n'a jamais envie de partager son pouvoir ? Cette analyse est toutefois à réévaluer au regard des révolutions tunisiennes et égyptiennes.

 

Le dernier élément, le plus inquiétant, est mis en lumière notamment par un ancien ministre Tunisien et par le frère du fondateur des Frères Musulmans : l'école doit apprendre aux enfants à s'insérer dans le monde où ils vivent. Les écoles musulmanes enseignent une interprétation du Coran vieille de 1000 ans et apprennent donc aux enfants à vivre dans le passé. Le choc entre la réalité et les valeurs qu'on leur a inculquées provoque des réactions irrationnelles, parfois extrêmes.

 

Au final, il s'agit d'un cercle vicieux : en réaction à l'inconsidération des européens (et américains) dont s'inspirent leurs hommes politiques, les musulmans trouvent refuge dans l'extrémisme religieux, ce qui accroît la défiance des premiers, etc. La sortie de l'islamisme prévue pour les aryens (Iran, Afghanistan…) prendra du temps et sera probablement douloureuse puisque les islamistes s'octroient le droit de tuer quiconque n'est pas d'accord avec eux. Si la Turquie semble avoir trouvé un compromis, elle ne pourra malheureusement pas constituer un exemple pour le reste du monde musulman qui a irrationnellement tendance à ne pas suivre quelqu'un qui ne parle pas arabe. Finalement, c'est peut-être l'avenir proche de la Tunisie, la Libye et l'Égypte qui nous donnera une indication forte sur le futur du monde musulman.

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