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Vous êtes-vous déjà baigné dans le Rhône? Moi, non. Je trouve ça trop dégoûtant.

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Le fruit des pêcheurs

Imaginez une poire avec une fente en bas. À quoi cela vous fait-il penser ?

 

À une femme, bien sûr !

 

catalhoyuk.jpg

 

Pour être tout à fait honnête l'illustration ci-dessus dépeint possiblement des poupées Barbie néolithiques, pas des déesses. Cela ne devrait cependant pas trop altérer la théorie archéologique que je vais tenter de résumer par la suite.

 

Il y a quelques années, l'histoire suivante était plus ou moins admise. Au néolithique (grossièrement de 12 000 ou 9 000 AVJC à 3 000 AVJC), on trouvait des céréales sauvages en profusion du Levant (Palestine, Syrie...) au Zagros (non, pas le Kebab au coin de la rue, la chaîne de montagnes en Iran !) en passant par le Taurus (Anatolie orientale). Les gens, auparavant nomades, y vivaient heureux et ont commencé à cultiver ces céréales et se sont installés durablement dans des maisons.

 

Là, un type pas dénué de bon sens a fait remarquer qu'il était stupide de se faire chier à cultiver des céréales si elles poussaient naturellement. L'histoire a alors changé : un boulversement climatique a fait disparaitre les céréales à l'état sauvage et les nomades ont été obligés d'apprendre à les cultiver pour survivre et, en conséquence, de se sédentariser.

 

C'est déjà mieux ! Sauf que... la catastrophe climatique qui a ravagé l'Europe à la fin du mésolithique n'a pas atteint le Levant. De plus, la sédentarisation existait déjà depuis un sacré moment.

 

On a trouvé des restes de communautés sédentarisées en Europe. Des gens pas cons s'étaient aperçu que c'était moins fatiguant de poser des nasses au fond de l'eau le matin et de ramasser quelques coquillages l'après-midi que se courir après bêtes. Ces dignes pionniers de la flemme se sont fait engloutir par la mer à la fonte des glaciers (à l'époque, on pouvait encore aller en Angleterre à pieds) et se sont pris, en plus, un gros courant d'air bien froid (l'eau des glaciers a refroidit l'Atlantique et, par la même occasion, le fond de l'air).

 

Des types pas cons non plus ont fait la même chose au Levant, mais n'ont visiblement pas été gênés par le dégel qui a eu lieu plus au nord. Donc, a priori, pas besoin de changer ses habitudes : récolter des céréales sauvages, pêcher quelques poiscailles et chasser les animaux qui passaient par là, histoire de garder la forme et de s'amuser un peu entre mecs.

 

Alors pourquoi ?

 

Revenons-en aux poires fendues. Durant le mésolithique, dans le Levant, on faisait des peintures et des petites figurines d'animaux. On représentait parfois des gens en train de chasser, ou de faire la ronde, ou de manifester contre la réforme de la retraite, mais rien d'exceptionnel. Et là, d'un coup, paf !, les gens cessent de représenter ces bêtes sauvages pour en représenter d'autres encore plus sauvages (pas sur la tête !) : les femmes. Une seule figure animale semble conserver l'intérêt des gens : le taureau (symbole de puissance qui persistera dans la civilisation suméro-akkadienne et dont on trouve même des traces dans la bible). La mise en scène de certaines représentations indique de façon assez crédible que la forme féminine symbolise une sorte de déesse-mère. C'est l'une des toutes premières représentations d'une divinité, si ce n'est la première. On ne parle pas là d'un esprit ou d'un génie, mais bel et bien d'un être unique et transcendant supposément créateur (enfin, créatrice) du monde.

 

Quel rapport avec l'agriculture ? On va y venir. Patience.

 

Tout se passait bien au Levant, la vie n'était pas aussi difficile que pour les nomades chasseurs-cueilleurs, bref, la bonne bourre, quoi. Il faut se rappeler qu'à l'époque, rien n'indique qu'une hiérarchie bien définie existait dans les villages et sans chef, au delà d'un certain nombre d'habitants, tout part en cacahuète. Bref, barrez-vous les jeunes, vous faites trop de bruit le soir !

 

Et c'est là que ça devient intéressant ! Notre groupe de jeune qui s'en va fonder son village un peu plus loin emporte avec lui des représentations d'un être supérieur et créateur sous les traits d'un être humain ! L'homme n'est plus un simple animal parmi les autres qui vit comme les autres animaux. Bref, ces gens qui quittent leur village ont dans la tête une certitude : ils peuvent faire mieux ! Ils veulent faire mieux ! Ils veulent s'installer là où ils en ont envie, parce que la vue leur plaît, peu importe s'il y a à manger immédiatement à côté ou pas : ils apporteront leur nourriture avec eux  et ils créeront l'endroit dont ils ont envie et besoin de leurs propres mains !

 

Bien entendu, tout cela n'est que théorique. Les "documents" retrouvés sont vieux de 10 000 ans et pas spécialement limpides. Mais cette histoire me plaît. J'aime à penser que la plus grande invention de l'histoire de l'humanité n'est pas due à une contrainte naturelle mais à une prise de conscience qu'on pouvait le faire. Et on l'a fait !

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