Vous êtes-vous déjà baigné dans le Rhône? Moi, non. Je trouve ça trop dégoûtant.
Depuis quelques semaines, on assiste à des grèves pour protester contre une réformer des retraites en cours d'examen par l'Assemblée Nationale et le Sénat. Je ne m'éterniserai pas sur le petit côté « à la dernière minute » tellement typique qu'il en deviendrait presque mignon. Ce qui m'interpelle, (ce n'est pas la police, non) c'est le manque d'adéquation entre le moyen et l'objectif.
Grève : Cessation collective, volontaire et concertée du travail (généralement avec préavis et pour une durée déterminée) par des salariés qui cherchent ainsi à contraindre leur employeur à satisfaire leurs revendications professionnelles. [TLFI, définition similaire dans Wikipedia]
Les grévistes ne sont pas tous des fonctionnaires, loin s'en faut. Par exemple, la SNCF est une entreprise (d'état, certes, mais une entreprise tout de même) et les raffineries de pétrole sont privées. Or les patrons de ces entreprises n'ont pas leur mot à dire dans le vote parlementaire de la loi réformant le système de retraite !
Faire la grève durant une journée pour aller manifester contre une réforme a un sens principalement symbolique. Si on met de côté le fait qu'un jour de grève ne peut pas être refusé, contrairement à un jour de congé, il s'agit pour l'employé de dire « Je suis prêt à renoncer à mon salaire pour manifester mon profond désaccord ». En revanche, maintenir une grève pendant une longue période, pour un motif qui ne concerne pas vraiment l'entreprise (du moins pas spécifiquement) se justifie plus difficilement. La décision de recourir à cette pratique dénote tout d'abord une confiance absolue en la santé de son entreprise : pour les raffineries, personne ne se fait de souci pour les grands groupes pétroliers, du côté de la SNCF, on sait que l'État va renflouer… Notez bien que les effets pervers suivants (délocalisation d'usines, hausse des prix) ne sont pas pris en compte.
Contrairement à ce qui est véhiculé par les témoignages de Monsieur Toulmonde relayés par les journaux télévisés, l'impact du mouvement dépendra de sa capacité à émouvoir le gouvernement et non pas de sa capacité à faire chier le monde. Et comment émeut-on le gouvernement ? En lui pourrissant son budget. Et comment pourrit-on son budget ? En pourrissant l'activité économique et en jetant par la fenêtre l'argent qu'il investit dans les entreprises. On comprend alors que tous les salariés ne sont pas de bons grévistes : le gouvernement se fiche bien que le site Web de Play Boy soit fermé pendant 1 mois ! En revanche, empêcher les livraisons de produits en coupant les robinets d'essence et en arrêtant les trains, ça fait perdre de l'argent à tout plein d'entreprises en même temps, donc à l'État.
On se trouve donc dans une situation où une minorité a la charge de se battre pour la collectivité, mais…
Qui leur a donc demandé de faire ça ? Y a-t-il eu un vote démocratique pour leur confier la charge de représenter le peuple français ? Pas à ma connaissance. Le gouvernement, en revanche, a été proposé par le Président de la République, élu au suffrage universel direct et validé par l'Assemblée Nationale, élue au suffrage universel alambiqué.
Depuis que je suis enfant, j'entends parler de grèves, de manifestations, pour protester contre les réformes des gouvernements successifs. Une conclusion s'impose à moi : soit les français sont des tarés congénitaux qui élisent leurs représentants au hasard, soit la démocratie n'est pas un bon modèle de république pour la France.
Puisque les français sont incapables de respecter les décisions de leurs représentants élus démocratiquement, puisqu'une partie de la population s'octroie le droit d'agir (non sans risques) au nom de tous, puisque les élections se réduisent aujourd'hui à un show sans aucun lien avec la réalité, pourquoi ne pas abroger cette démocratie que tout le monde foule du pied ? Que mettre à la place ? Une gérontocratie ? Après tout les sénateurs se montrent régulièrement assez sages tandis que les députés sont généralement d'une puérilité lacrymogène. Aristocratie ? C'est déjà un peu le cas aujourd'hui et ça ne marche pas spécialement bien. Une krytocratie ou une krytarchie ? Pourquoi pas… Une technocratie ? J'ai peur que nos écoles ne soient pas à la hauteur. Une sociocratie ? Ce serait beau… Appelez-moi pessimiste mais j'ai peur qu'on n'y arrive pas de si tôt.
Bon, allez, on fait une grève pour demander l'abrogation de la démocratie ?