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Vous êtes-vous déjà baigné dans le Rhône? Moi, non. Je trouve ça trop dégoûtant.

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Chut.

La dernière émission Concordance des temps nous parle cette fois-ci de prison. L'émission est moins structurée et moins dense en information que la précédente dont j'ai parlé, mais assez intéressante. On y retrace l'évolution des prisons et de l'idée qu'on s'en fait depuis environ 500 ans.

 

Durant l'Ancien Régime, la prison est un lieu de stockage temporaire et une peine de substitution pour les femmes et les vieillards. La véritable peine, c'est la galère. Dans un tel contexte, personne ne songe bien entendu à mentionner l'inhumanité des prisons.

 

Après la Révolution, on décide d'uniformiser (→ égalité) les peines sur tout le territoire et on utilise pour cela les prisons. Tant de jours d'incarcération, c'est carré, tout le monde comprend, c'est moins aléatoire que les galères dont on ne sait pas quand elle rentreront au port, ni si elles rentreront d'ailleurs.

 

C'est aussi à ce moment qu'on commence à parler de réinsertion après l'emprisonnement. Cela s'inscrit dans une volonté (consciente ou pas ?) de tout laïciser afin de diminuer le pouvoir de l'Église. En effet, les chrétiens ont un principe de rachat de ses fautes, pardon, deuxième chance, etc. L'état va donc faire de même et on commence à suggérer que la prison devrait permettre aux gens de faire un mea culpa sincère et ensuite reprendre une vie normale.

 

À la Restauration, on envoie des observateurs aux États-Unis pour tenter de ramener des idées. Deux modèles y ont alors cours. Le premier prône une prison sociale dans laquelle le contact humain serait propice à la rédemption. Les prisonniers travaillent en groupe le jour et dorment en cellules individuelles. Le second modèle, théorisé par un Quaker, prône l'isolement total des prisonniers afin qu'ils se retrouvent face à eux-mêmes et puissent à l'aide d'un éducateur, faire un gros travail d'introspection. Le rapporteur propose aux autorités françaises de suivre le second modèle, c'est le premier qui sera choisi pour des raisons budgétaires (et encore, les cellules n'étaient même pas individuelles).

 

Durant le Second Empire, on change à nouveau de philosophie : il faut se débarrasser des rebuts ! Les bagnes sont déplacés outremer et on crée des colonies pénitentiaires… Allez hop ! Foutez-moi ça dehors !

 

Durant la seconde moitié du 19ème siècle, on crée un système qui était censé être positif : la possibilité de travailler contre de l'argent afin de se payer une bouffe un peu moins dégueulasse que celle qui est offerte. Je dis "censé" être positif, puisqu'au final, les entrepreneurs qui payaient les prisonniers étaient ceux qui géraient la cantine, donc en fait, c'était de l'esclavage.

 

On observe aussi une tendance des gens, surtout dans les classes populaires, à réclamer des prisons merdiques. En effet, à l'époque les ouvriers ne vivaient pas réellement dans des palaces et avaient du mal à comprendre que des criminels puissent être mieux logés. C'est ainsi qu'un projet de prison avec eau courante dans les cellules a été abandonné.

 

Sous la 3ème République, on ne croit pas trop en l'enfermement des gens. On met peu de gens en prison, et on se permet même de traiter les prévenus avec plus de dignité que les condamnés. En revanche, lorsqu'on met quelqu'un en prison, c'est qu'il a vraiment fait quelque chose de grave, donc il ne mérite pas qu'on soit aux petits soins pour lui. Les prisons tombent en ruine, mais on s'en fout. D'ailleurs, un peu comme durant le Second Empire, on se débarrasse de la lie en l'envoyant dans les colonies.

 

Dans l'euphorie qui a suivi la 2nde Guerre Mondiale, on décide de créer des éducateurs pour aider les prisonniers à devenir de bons ouvriers utiles à leur patrie. On commence même à se dire qu'il faudrait traiter les plus jeunes de façon différente. Ces belles pensées seront de courte durée. Durant la guerre d'Algérie les prisons se remplissent à nouveau (la raison est volontairement éludée par l'intervenante, dommage) et la peur l'emporte sur l'humanisme : il faut à tout prix protéger les honnêtes gens en enfermant les méchants délinquants derrières trois ou quatre grilles cadenassées. C'est ce modèle qui a toujours cours en France : des portes et des grilles en quantités inutilement grandes, pour donner à la population l'impression d'être en sécurité.

 

Notons tout de même un point positif : depuis 1970, les prisonniers ont le droit de parler. A priori, l'abrogation du silence n'a été qu'une confirmation d'une réalité du terrain, mais par le passé les prisonniers qui parlaient avaient une amende (et généralement leurs amendes compensaient leurs gains en travaillant, parce qu'il est difficile de travailler sans parler).

 

Cette émission tombe par hasard en même temps qu'un rapport préconisant de remplacer une partie des peines de prison par des périodes de probation en liberté. On voit tout de suite l'avantage : désengorgement des prisons, peines moins traumatisantes et plus propices à garder un esprit et une vie équilibrés… On voit aussi les inconvénients : ça coûte cher et les victimes n'auront pas la sensation de vengeance.

 

Tout comme on a transformé les peines de galère en peines de prison, peut-être est-il temps de se débarrasser de la prison au profit d'autres formes de punition et réinsertion ? Ou bien peut-être faut-il seulement réformer l'incarcération et repenser ses principes de base qui ont influencé jusqu'à l'architecture des bâtiments ? Questions vraisemblablement stériles puisque la décision qui sera prise sera avant tout dictée par le budget alloué… La même vieille question se pose d'ailleurs toujours : comment expliquer que l'on dépense de l'argent pour le confort des délinquants alors que des honnêtes gens dorment dans la rue ?

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