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Vous êtes-vous déjà baigné dans le Rhône? Moi, non. Je trouve ça trop dégoûtant.

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La finale d'Iron Squid 2

Aujourd'hui une note un peu personnelle, mais rassurez-vous, elle restera anonyme.

 

Le weekend dernier je me suis rendu à la finale du tournoi Iron Squid 2. Il s'agit d'un tournoi de sport électronique, plus précisément de Starcraft 2, ah ah, des geeks qui babassent, vous appelez ça un sport, vous êtes tellement incapable de mener une vie normale que vous essayez d'appeler ce que vous faites comme des vraies choses pour vous convaincre que vous êtes normaux. Ce à quoi je répondrai (vous avez vu un peu le style indirect libre ? j'adore ça) que 20 jackys qui tournent en rond à 250km/h pendant trois heures, c'est peut-être un sport ? Et le ping-pong, c'est peut-être la quintessence de la force, de la souplesse et de la dextérité ? Il y a un public pour regarder des voitures pilotées par des génies tourner pendant des heures, il y a aussi un public pour regarder des images de jeux vidéos pilotés par des génies. Et de même qu'un fan du trophée Andros ne sera pas forcément excité par de la F1, je ne m'intéresse qu'à Starcraft 2 parmi les jeux vidéos qui se réclament sport électronique.

 

Levé à 6h du matin pour prendre le train pour Paris, j'ai commencé par savourer un voyage face à une politicienne et son mignon qu'elle a saoulé en causant boulot pendant deux heures alors qu'il aurait bien aimé dormir parce que c'est ce que font les gens normaux un samedi à 7h. Belle image de la politique française, elle a quitté le train en laissant les ordures de son petit déjeuner sur la tablette.

 

Arrivé au Palais des Congrès, je retrouve un ami et nous faisons la queue durant une demi heure avant qu'un organisateur n'affiche un pauvre bout de papier A3 sur la porte indiquant que cette queue était réservée à ceux qui avaient payé le billet au double du prix. Nous changeons donc de queue, nous faisant huer parce que personne n'avait envie de retourner en bout de file. Jusque là, l'incivilité de la foule française est équivalente à la nullité de l'organisation. Vient ensuite le meilleur, pinacle du savoir-vivre latin, la formation d'une véritable queue à la française ! La queue était en forme de U, faisant demi-tour derrière un pilier… jusqu'au moment où un individu plus intelligent que le reste de l'univers se dit : « Mais pourquoi donc passerais-je derrière le pilier alors que c'est plus court de passer devant ? ». Dès lors, sous les huées, un mouvement grégaire a suivi le quidam et les branches du U ont fusionné, les derniers se retrouvant premiers (c'est très chrétien, ça) et ceux du milieu (dont moi) se retrouvant derniers (c'est très Bayrou, ça). Après 1h30 d'attente dans une boule humaine compacte, nous réussissons à entrer et rejoindre deux autres amis arrivés après nous, mais qui étaient entrés avant.

 

Le spectacle commence avec une demi heure de retard et tout le monde n'est pas encore entré. Je suis étonné que personne n'ait prévenu les organisateurs que remplir une salle de 3700 places en une heure était impossible… Première surprise, l'ouverture est assurée par un petit orchestre classique, avec chœurs. Premier contact avec la faune amateur de sport électronique : ils n'ont jamais mis les pieds à un concert de musique classique et tapent dans leurs mains en sifflant. C'est le choc de deux mondes, il faut bien faire des compromis… Se révèlent ensuite les métalleux d'In Uchronia qui ont composé la musique et boum ! Du métal symphonique ! La méga-classe ! Je vous conseille ordonne d'aller écouter les 8 premières minutes de cette vidéo dans laquelle l'ingé son a eu le bon goût de ne pas laisser tout le boucan du public (mais dans laquelle on entend peu les chœurs chanter "Iron squid ! Iron squid !"), j'en ai encore des frissons.

 

Pomf et Thud, Anoss, Moman, ainsi que les autres présentateurs font leur entrée, puis les quatre demi-finalistes. Le public avait clairement son chouchou, Nestea (oui, les coréens sont très forts pour se choisir un nom de scène), et j'en avais presque mal au cœur pour les autres qui ont du se sentir mal-aimés. Le public français est peut-être plus chaleureux que les autres, mais sa chaleur est tout de même très directionnelle. Le second chouchou du public était le fils caché de Patrick Juvet et Michel Polnareff, Marine King :

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Les deux autres étaient Life (je vous avais dit qu'ils sont forts pour se choisir un nom) et Dong Rae Gu (là, ça fait tout de suite plus coréen).

 

Après chaque partie, les métalleux nous jouaient un morceau composé en l'honneur de chaque joueur. Malheureusement, le synthé sur scène était tout pourri et avait du mal à remplacer les beaux instruments de synthèse qu'ils utilisent en studio. Notons aussi que l'amateur de sport électronique français a une passion pour la nudité des femmes et de Pomf. Seule la traductrice coréenne a réussi à échapper aux implorations de se dénuder car elle s'était habilement déguisée en Madame Sarfati.

 

Première demi-finale, Life sort Marine King qui sera tout de même plus acclamé que le vainqueur parce qu'on s'en fout de savoir qui a gagné, il a un look d'enfer alors on l'aime plus, et puis c'est tout. De façon très impolie, nous sortons alors que les animateurs sont toujours en train d'interviewer les joueurs, mais nous prévoyions des problèmes pour trouver à manger alors qu'il était 14h et que 3700 personnes allaient se jeter sur les trois derniers sandwichs disponibles dans les boutiques alentours.

 

Après nous être remplis le ventre, nous retournons dans la salle sans espoir de respirer de l'air pur avant 22h. Durant la seconde demi-finale Dong Rae Gu sort Nestea, mais vous vous en doutez, c'est Nestea qui est acclamé par le public. D'ailleurs Nestea était le seul joueur a réellement aimer ça. Les autres, qui n'ont pas l'habitude d'effusions aussi bruyantes, étaient plutôt gênés lorsqu'on les applaudissait.

 

Lors de la petite finale, c'est Nestea qui gagne mais Marine King fera le spectacle en restant dans chaque manche jusqu'au bout, même lorsqu'il était évident qu'il avait déjà perdu (la tradition veut qu'on quitte la partie pour gagner du temps lorsqu'on sait qu'on n'a plus aucune chance).

 

Au niveau animation entre les matchs, nous avons eu droit à Monsieur Vert, présenté que le « Brassens de l'e-sport », qui en fait est juste un type qui a appris un accord qui fait ploum ploum à la guitare sèche et colle dessus des paroles bidons dans lesquelles il case un maximum de termes associé au jeu. Ça n'a guère de sens, ce n'est pas drôle et c'est parfois même de mauvais goût. Deux anciens joueurs français sont venus faire un petit show-match sur la beta de Heart of the Swarm. Durant le premier match, les commentateurs étaient accompagnés par Kyan Khojandi, qui devrait se contenter de jouer ce qu'il écrit parce qu'il est super fort pour pourrir l'ambiance tant son humour improvisé est nul. En revanche, le second match a été commenté en franglais en compagnie de Day[9], le commentateur de Stracraft le plus célèbre au monde, qui était sorti du studio en sous-sol d'où était commenté le tournoi en anglais, et qui a été très ému de l'accueil chaleureux que nous lui avons réservé. Finalement, deux jeunes humoristes inconnus sont venu nous faire une imitation de Danny Boon qui imite le handicapé mental avec l'aide de Kyan Khojandi qui du coup était drôle puisqu'il n'improvisait pas. Le trophée nous est finalement présenté par les métalleux accompagnés de chœurs, miam.

 

La finale n'intéressait pas autant le public que la petite finale, puisque nous chouchous n'y étaient pas. Dong Rae Gu a gagné les trois premières parties, puis Life a remonté et gagné les quatre suivantes. Ce petit gamin de 16 ans a eu un peu de mal à gérer les acclamations du public, et aussi du mal à soulever le trophée au dessus de sa tête, il faudra travailler le physique ! Le second, lui, a eu encore plus de mal à gérer sa défaite contre un morveux et toutes nos acclamations n'ont pas réussi à le faire sourire. Il faut dire que le gros boulet qui faisait les interviews lui a quasiment demandé ce que ça faisait de perdre. La traductrice, après avoir fait une sale grimace, a eu le bon goût de ne pas traduire l'intégralité de la réponse.

 

La soirée se termine par les remerciements habituels, on a tous mal aux mains, les commentateurs sont sur les rotules et tiennent debout grâce à l'adrénaline. Le bilan est plutôt bon avec 3.700 personnes sur place et plus 60.000 spectateurs à travers le monde (le tournoi était diffusé en français, en anglais et en russe). Day[9], de retour sur la scène, nous avoue qu'il n'avait jamais vu une telle ambiance à un tournoi. Il faut dire que ce tournoi n'était pas organisé par un fabriquant d'ordinateurs qui voulait se faire de la pub mais par des commentateurs qui voulaient s'amuser, ce qui change un peu le rapport affectif avec le public (même s'il y avait des sponsors).

 

Après cela, nous grignotons sur des escaliers en attendant que le métro évacue la foule et, cerise sur le gâteau, nous voyons Pomf et Anoss passer, nous nous serrons la main nous remercions mutuellement.

 

Pointe de Nutella sur la cerise sur le gâteau, nous voyons ensuite passer Life qui, supposant avec raison que nous n'étions pas de simples squatters, incline la tête devant nous, et nous faisons de même (nous n'avons pas tenté de lui parler anglais, à son âge on aurait aussi eu du mal à répondre).

 

Fiente de pigeon sur la pointe de Nutella sur la cerise sur le gâteau, en rentrant chez l'ami qui me logeait pour la nuit, les plombs avaient sauté à cause du chauffe-eau, l'appartement était froid et il n'y avait pas d'eau chaude.

 

Au final, une journée complète dans un amphi, c'est long. Ça fait mal aux genoux, le niveau sonore est très élevé et les gens vous toussent dessus. L'écran géant était plus éloigné de moi que celui de mon PC, j'aurais finalement mieux suivi les matchs depuis chez moi, mais… il faut bien avouer que malgré le peu d'amour que je porte aux foules, il était impossible de ne pas se laisse emporter par l'excitation ambiante. J'ai vécu quelques moments émotionnellement forts que l'on ne peut pas connaître depuis chez soi et rien que pour cela, cela valait la peine de se déplacer. Pour autant, je ne suis pas devenu accro et la longueur, l'inconfort et le coût, font que je ne recommencerai pas tous les ans.

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B
<br /> J'ai vécu à peu près la même journée.<br />
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