Vous êtes-vous déjà baigné dans le Rhône? Moi, non. Je trouve ça trop dégoûtant.
Une association de lutte contre l'homophobie réclame des excuses à un maire qui aurait tenu des propos "abjects". Je ne citerai aucun nom car je souhaite parler de langage et que le fait que le sujet des mots employés soit l'homosexualité n'a aucune espèce d'importance.
Les propos en question sont à propos du mariage homosexuel : "Même si j'ai beaucoup d'amis gays et que j'ai accouché des gays femelles, je ne vois pas ce que ça apporte sinon une couverture sociale." Ce qui a provoqué le courroux de l'association est le syntagme "gays femelles" qui ferait des gays de simples animaux.
Et l'accusé de répondre qu'il est gynécologue et que ce sont pas des journalistes qui allaient lui apprendre à différencier des gamètes mâles des femelles.
Indépendemment du message, je me sens relativement solidaire de l'accusé car, bien que n'étant pas médecin, j'utilise les termes mâle et femelle sans aucun préjugé ni connotation déshumanisante. Les humains sont des animaux et tous les animaux ne sont d'ailleurs pas mâles ou femelles alors que certaines plantes le sont… À mon sens, s'offusquer de l'utilisation de ces termes relève de l'auto-victimisation et pourrait même parfois indiquer un potentiel complexe d'infériorité que l'on tenterait de régler en provoquant le conflit.
Cependant, le maire a bien commis une erreur. En juxtaposant le mot "gays" qui est un terme familier au mot "femelles", dont l'auteur confirme l'aspect technique en se justifiant par son métier, l'auteur a créé un effet de contraste qui exacerbe le ressenti de chaque mot. Ainsi, "gays" passe artificiellement de familier à péjoratif et "femelles" glisse de technique à déshumanisant.
Au final, ce ne sont pas les termes qui sont choquants mais leur association. Cette dernière relève-t-elle d'un choix malheureux ou bien d'une volonté d'insulter ? Le prologue semble dédouaner l'auteur de toute velléité d'insulter les homosexuels puisqu'il indique qu'il a beaucoup d'amis gays. Mais ne soyons pas naïfs, ce genre de déclaration est un standard lorsqu'on parle d'une minorité réputée brimée : "j'ai beaucoup d'amis musulmans, mais…", "je ne suis pas antisémite, mais…". Il est donc tout à fait envisageable que l'auteur n'ait pas le moindre ami homosexuel (ou plutôt qu'il en ait sans le savoir). Cela ne fait pas pour autant de lui un agresseur. Les propos ont été tenus lors d'une conférence de presse, donc à l'oral. Dans ces conditions, il est plus difficile de choisir ses mots afin d'éviter les répétitions, si bien que le "gays" de ses amis a très vraisemblablement pu être ré-appliqué de manière automatique et irréfléchie aux "femelles" traitées dans le cadre de son activité professionnelle.
Compte tenu de tous ces éléments, un simple rappel à l'ordre adressé en privé aurait été d'une élégance louable, et aurait évité d'augmenter inutilement l'entropie de la presse. En conséquence, l'association aura fait parler d'elle mais aura aussi promu le point de vue du maire. Aucun camp n'est gagnant, et surtout pas le camp de la mesure et de la retenue.