Vous êtes-vous déjà baigné dans le Rhône? Moi, non. Je trouve ça trop dégoûtant.
Je viens de terminer la lecture de Genèse de l'Inde de Bernard Sergent. Ce livre décrit les différentes vagues de peuplement qui ont atterri en Inde depuis le paléolithique. L'auteur utilise pour cela l'archéologie, l'anthropologie physique, la linguistique, la mythologie comparée et, dès que cela devient possible, les textes écrits par les voisins. Ce mélange de sources très variées (qui osera faire le parallèle entre des mesures d'ossements, des tessons de poterie et un modèle mathématique d'héritage entre langues ?) me donne l'impression de partir à l'aventure et ce livre m'a vraiment fait vibrer comme un enfant qui regarde Indiana Jones pour la première fois !
Je vais tenter de faire un résumé très très schématique. J'espère ne pas raconter d'âneries : s'il advenait qu'un spécialiste tombe par hasard sur ce blog, qu'il n'hésite pas à me reprendre !
L'aventure commence avec les Veddah, probablement arrivés en Inde vers 40 000 avant notre ère. L'anthropologie physique nous indique une provenance africaine. L'auteur prend bien le temps de préciser qu'il n'est pas honteux d'avoir recours à cette science et qu'il y a une grande différence entre mesurer la largeur du crâne et déclarer "Les nègres ont cerveau plus petit, c'est pour cela que les Caucasiens sont une race supérieure !", et mesurer une vingtaine de caractéristiques sur des crânes, faire une ACP puis déclarer "Le point qui représente les Veddah se trouve dans un nuage de points regroupant les peuples du nord-est de l'Afrique.".
Attardons-nous un peu cette anthropologie physique. Si on projette sur un plan les données anthropométriques de peuples européens et africains, présents et passés, on ne voit aucune frontière permettant de délimiter des races. La variabilité de l'apparence humaine est continue. Les européens du nord se connectent continûment aux méditerranéens qui se connectent continûment aux nubiens, qui se connectent continûment aux africains sub-sahariens.
De façon parallèle, une étude génétique des différents peuples "blancs" et "noirs" de l'Inde ne permet pas de délimiter de frontières, ce qui indique une colonisation par vagues successives d'une même population qui changeait petit-à-petit d'apparence à sa source.
L'archéologie ne nous apporte pas beaucoup plus d'information car les Veddah n'ont pas laissé beaucoup de traces. La linguistique ne nous renseigne en rien puisque les peuples actuels les plus proches des anciens Veddah ont adopté une langue indo-européenne.
Résumons donc cette première partie, au paléolithique une population provenant du nord-est de l'Afrique a traversé la moitié du continent asiatique est s'est installée dans le centre de l'Inde.