Vous êtes-vous déjà baigné dans le Rhône? Moi, non. Je trouve ça trop dégoûtant.
Avançons de quelques dizaines de milliers d'années. Viennent s'installer en Inde d'autres hommes qui vont se superposer aux Veddah.
L'anthropologie physique nous indique que ces homme sont méditerranéens. Leurs descendants sont pourtant noirs (d'où l'appellation mélano-indiens)… Sans vraiment avoir de preuve quant à l'origine de cette pigmentation, on imagine que s'ils étaient arrivés "blancs" et avaient gagné leur mélanine en se mélangeant aux Veddah, ils en auraient aussi empruntés d'autres caractéristiques physiques. Par ailleurs, d'anciens textes grecs mentionnent que les nubiens étaient noirs, ce qui est compatible avec l'hypothèse d'une migration de méditerranéens noirs.
On trouve en Inde les premières traces des mélano-indiens aux alentours du 8ème millénaire. C'est aussi la date à laquelle on trouve les premières traces des méditerranéens (leucodermes) qui ont introduit le néolithique en Mésopotamie. On peut donc imaginer que ces derniers ont repoussé les mélano-indiens qui s'y trouvaient déjà vers l'est.
On remarque aujourd'hui une grande corrélation entre les mélano-indiens et les langues dravidiennes. Cette corrélation n'est cependant pas parfaite, ce qui conduit à se poser la question de savoir si les mélano-indiens étaient les porteurs originaux du dravidien ou bien s'ils l'ont empruntée à un autre peuple dont on n'aurait pas la trace. Toutefois, ces langues ont à la fois de nombreux points communs avec les langues négro-africaines (c'est à dire sub-sahariennes), l'élamite et les langues finno-ougriennes, ce qui indique des origines potentielles très différentes !
Les points communs entre dravidien et langues négro-africaines sont d'ordre grammatical (tendance à l'agglutination, absence de genre grammatical, etc.) et phonétique (mêmes voyelles, même alternance de voyelles courtes et longues). On remarque aussi des ressemblances culturelles entre les mélano-indiens et les africains sub-sahariens : jeux, instruments de musique et représentations artistiques et/ou religieuses.
Les langues finno-ougriennes (parlées aujourd'hui en Finlande, en Hongrie, dans l'Oural et la Sibérie) partagent un vocabulaire remarquable avec langues dravidiennes. L'étendue de ce vocabulaire en commun interdit le hasard et par ailleurs la conjugaison présente aussi des points communs. Certains auteurs vont même jusqu'à insérer le dravidien dans une super-famille regroupant avec lui les langues finno-ougriennes et altaïques (turc, mongol, mandchou…) originaire d'Asie centrale ou Sibérie. Or, le groupe altaïque est très contesté en tant que famille : personne n'est aujourd'hui en mesure de certifier si ces langues ont un lien génétique ou un lien aréal (c'est à dire fait d'emprunts entre voisins de longue date). Ainsi, cette théorie, loin de prouver quoi que ce soit, pousse à se demander si les ressemblances entre le dravidien les finno-ougrien sont aussi aréales.
Enfin, on trouve des ressemblance entre le dravidien et le peu que l'on connaît de l'élamite aussi bien au niveau phonétique qu'au niveau du vocabulaire. Les différences entre ces langues interdisent cependant un lien génétique : les dravidiens ont donc vécu près de l'Élam.
De tout cela, on peut conclure que les mélano-indiens sont bel et bien les porteurs originaux des langues dravidiennes. Partis du nord-est de l'Afrique probablement à la fin du paléolithique, ils ont côtoyé les élamites et sont allés jusqu'en Asie centrale où ils ont côtoyé les proto-finno-ougriens. Puis, possiblement repoussés par une autre vague en provenance d'Afrique, les dravidiens du moyen-orient se sont déplacés jusqu'en Inde.