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Vous êtes-vous déjà baigné dans le Rhône? Moi, non. Je trouve ça trop dégoûtant.

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Tout le monde debout

Arte vient de diffuser un documentaire sur l'origine de la bipédie humaine. Si la théorie de la savane, poussant les hominidés à se dresser comme des suricates pour surveiller l'horizon, est de moins en moins considérée comme la vérité absolue, les alternatives ne sont pas encore largement acceptées non plus…

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Le documentaire met en avant la théorie qui propose que les hominidés aient acquis la bipédie au bord de l'eau. Certains arguments sont convaincants, d'autres me paraissent réellement abusifs ou naïfs, alors même que je ne suis pas un expert du domaine.

Au chapitre des arguments convaincants, on trouve bien entendu les preuves archéologiques. Le climat africain a changé de nombreuses fois durant l'évolution des hominidés. L'homme n'a donc pas grandi exclusivement dans la savane. Par ailleurs, la plupart des ossements qui ont été retrouvés se situaient dans des zones (géographiques et temporelles) humides. Le documentaire indique que l'évolution humaine a toujours été plus rapide en périodes humides, mais comme il s'agit d'un document télévisuel, aucune preuve n'a été donnée par manque de temps ou pour rester accessible aux néophytes.

Des études sur l'homme contemporain semblent aussi indiquer une adaptation à la vie aquatique. En effet, des zones adipeuses protègent les membres inférieurs du froid renvoyant aux membres supérieurs le rôle de radiateur naturel : cela correspond bien au scénario d'une immersion partielle dans de l'eau. Par ailleurs, la station debout pose des problèmes d'usure des articulations et de circulation sanguine que l'immersion soulage.

Voici maintenant les arguments qui me semblent faibles voire de mauvaise foi.

Un scientifique a étudié le comportement humain auprès de l'eau. Il espérait y trouver un héritage d'un passé aquatique. La démarche est tout à fait intéressante mais les résultats, du moins tels qu'ils étaient présentés dans ce documentaire, n'étaient que des interprétations sans rigueur. En effet, il eut convenu de comparer les données avec des données similaires issues de l'observation des grands singes. De plus, les interprétations ne sont pas issues d'un dépouillement rigoureux des données mais d'une observation qualitative. Autant dire que ça n'a pas grand chose de scientifique. Ces observations sont qu'on passe plus de temps à barboter qu'à nager (d'où la station debout) et que les adultes vont barboter même lorsque la surveillance des enfants ne les y oblige pas. Une explication évidente pourrait être qu'on va barboter parce qu'on a chaud et qu'on ne passe pas son temps à nager parce que c'est fatigant.

L'auteur indique aussi qu'on prolonge plus longtemps un picnic au bord de l'eau que loin de l'eau. Bien entendu son étude a été réalisée en été et l'auteur n'imagine pas une seule seconde qu'on puisse être attiré par le rivage pour la fraîcheur ! L'auteur insiste aussi sur la grande valeur qu'on attribue à une maison au bord de l'eau. Il y voit un héritage de notre passé aquatique et ne considère pas une seule seconde l'aspect symbolique de richesse associé à l'eau, nécessaire à la survie.

D'autres scientifiques insistent sur les qualités nutritives supérieures des produits de la mer et des rivières. Les acides gras contenus dans les poissons seraient nécessaires à développement du cerveau. Faut-il en conclure que les habitants de zones arides sont des attardés mentaux ? Et d'ailleurs, la présence en abondance d'une ressource riche n'est-elle pas l'inverse d'une pression de sélection naturelle ? Si l'homme avait eu à portée de main une quantité abondante et facile d'accès de nutriments lui permettant d'avoir une bonne croissance, à quoi bon devenir plus intelligent ?

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Au final, ce documentaire ne m'a pas convaincu. Je n'exclue pas que l'humanité ait pu se contenter de ramasser des coquillages au bord de la mer (c'était d'ailleurs le cas en Europe au mésolithique) ou d'attraper des poissons piégés dans des marres, mais est-ce bien le comportement qui produit par évolution une espèce de chasseurs de mammouths ?

Le défenseur principal de la théorie aquatique ôte toute valeur symbolique à l'eau pour justifier sa thèse. De plus, d'un point de vue évolutif il montre que les hominidés étaient adaptés à la vie près de l'eau, pas que les hominidés ont évolué pour vivre au bord de l'eau. En effet, est-il nécessaire de développer des muscles dorsaux pour se tenir debout si la poussée d’Archimède compense déjà ? Pourquoi l'homme se serait-il forcé à rester debout en sortant de l'eau si c'est fatiguant et inutile ? À ce titre, la théorie de l'évolution en milieu montagneux (ça alors, la zone où on a trouvé la majorité des ossements est loin d'être plate) est plus crédible : la montée se fait certes à 4 pattes, mais l'escalade est plutôt en position debout et surtout la descente pousse à se redresser pour freiner et ne pas partir en roulé-boulé.

Bien entendu, ce genre de documentaire a pour principal but de faire de la publicité pour les universités et il est très rare d'y trouver un débat contradictoire. Je déteste la façon dont les auteurs de ces documentaires écrivent des commentaires ultra-affirmatifs alors même que les scientifiques interrogés tentent parfois de mettre de l'eau dans le vin… Les curieux ont la vie dure pour ne pas se faire pipoter de nos jours !

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